Avril - mai 2010





MAO by MOA

Voyage imaginaire d’une icône à travers l’art contemporain


55 variations ironiques proposées par DEUCE






MAO                                                             MOA 











Mon nom est ZHU DE.

Je porte le même prénom que mon père, le fameux général ZHU, bras droit de notre grand MAO ZEDONG après que ce dernier fut devenu chef de l’armée révolutionnaire des travailleurs et des paysans en 1927.

Je suis né en 1934 durant « la longue marche » de l’armée rouge chinoise organisée par MAO ZEDONG pour échapper aux forces du KUOMINTANG de TCHANG KAI CHEK.

Ma mère était la sœur cadette de HE ZIZHEN, troisième femme de notre Grand Timonier. A ma naissance, MAO, mon oncle, avait 41 ans. Celui qui deviendra le maître de l’empire du milieu était alors exactement au milieu de sa vie …

Toute mon enfance MAO fut pour moi un tel référent et modèle que mes camarades d’école finirent, autant par envie que par moquerie, par me surnommer MOA.

Ce surnom cocasse finit par revenir aux oreilles de MAO que la chose amusa beaucoup.

Moi j’étais à la fois fier et quelque peu gêné de cette parenté encombrante, mais qu’y pouvais-je ? D’autant que, jusqu’à mon adolescence, MAO, calligraphe talentueux, me fit l’honneur de m’initier à plusieurs reprises à cet art majeur pour tout chinois qui se respecte.

En 1956, lors de la campagne dite des « Cent fleurs », j’avais 22 ans et, pour l’étudiant idéaliste que j’étais, cet encouragement des libertés d’expression, habilement proposé par MAO pour reprendre la main, ne fit qu’accroître mon admiration à son égard.

La féroce répression qui s’ensuivit me fit plutôt déchanter... Un peu plus tard le fameux « Grand bond en avant » fut responsable d’une famine qui causera 43 millions de morts. Cette catastrophe planifiée, ce véritable « bond en arrière » accentua mes interrogations sur les déviances auxquelles conduit l’exercice d’un pouvoir absolu.

A partir de 1966, la Révolution Culturelle prolongée par une nouvelle répression, cette fois diligentée par les jeunes gardes rouges lâchés par MAO, n’améliora pas ma vision des choses. J’étais en plein doute. Profitant alors d’une mission culturelle en Angleterre, je pris définitivement le large et « passai à l’ouest »… Durant des années, je fus traité dans la presse chinoise de « sale traître révisionniste », surtout quand je commençai à frayer avec les situationnistes européens.

En 1976, à la mort de MAO, j’avais 41 ans, l’âge exact de MAO à ma naissance. J’œuvrais depuis quelques années dans l’art contemporain entre Londres, Hong Kong et New York. Avec une certaine réussite due au besoin de nouveauté tant géopolitique qu’artistique.

En 1996, à l’occasion du centenaire de la naissance de MAO, je finis par réaliser qu’il ne suffisait pas d’avoir coupé le cordon ombilical avec mon ancienne idole des sixties. Il fallait que je fasse quelque chose qui soit à la dimension du grand homme qui commençait à me manquer. Je décidai donc de m’employer à transformer l’ idole déchue en icône immortelle.

Soutenu par des proches de la FACTORY New Yorkaise, encouragé par l’impact de plusieurs brûlots situationnistes (dont le fameux « Révocu. dans la Chine pop » que, les situs et moi-même, osâmes présenter au festival de Cannes), inspiré par l’ironie qui commençait à hanter la jeune création chinoise (WANG ZIWEI, ZENG FANZHI, ZHANG XIAOGANG, LUI WEI), je commençai à édifier, pièce après pièce, un véritable mausolée dédié, envers et contre tous, à l’oncle MAO.

MAO, à qui je pouvais enfin rendre hommage tout en critiquant les dérives passées…

Conçues comme un musée imaginaire dans lequel MARYLIN, ANDY et MAO coexisteraient pour l’éternité, de nombreuses expositions organisées à travers le monde remirent peu à peu en perspective cette figure tutélaire et charismatique à la fois idolâtrée, haïe et enviée par des milliards de terriens, ce révolutionnaire devenu tyran, pourtant étrangement respecté par la Terre entière une fois mort, cet « empereur new look » qui aura autant puisé dans l’héritage de CONFUCIUS que dans celui de KARL MARX ou de MACHIAVEL.

A l’aube du 21ème millénaire, c’est cette fois un voyage parisien que, en toute humilité, votre serviteur ZHU DE, dit MOA, vous propose de partager grâce à 55 variations ironiques ou politiquement incorrectes (réalisées par mon ami plasticien DEUCE), qui seront placardées, tels les Dazibao d’antan, sur les murs d’une galerie Satellite dont les maîtres des lieux se mettent en quatre pour permettre aux amateurs de mieux chinoiser…


ZHU DE dit MOA