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FRANÇOIS-DE-NEUFCHÂTEAU (Nicolas-Louis), comte de l'Empire, homme d'État et écrivain, né à Saffais (Meurthe-et-Moselle) le 17 avr. 1750, mort à Paris le 10 janv. 1828. Il était fils d'un régent d'école de village, Nicolas-François, et de Marguerite Gillet. Son père, plus tard, devint fermier d'un magasin à sel et contrôleur à S.-Martin de Vrécourt. Dès son enfance, il fut remarqué par Henri d'Hénin-Liétard, bailli d'Alsace, qui habitait Neufchâteau et qui l'aurait aidé à continuer ses études. Certains auteurs attribuent cette protection à d'autres personnes de qualité, mais il est certain qu'il fit ses études chez les jésuites de Neufchâteau qui furent frappés par sa vivacité d'esprit et ses dispositions poétiques. Il rimait avec une extrême facilité et, à douze ans, remerciait ses bienfaiteurs en vers. En 1765, à quinze ans, il fut reçu à l'Académie de Dijon, puis à celles de Lyon, de Marseille et de Nancy. Son premier volume de vers fut publié à Neufchâteau en 1766 : Pièces fugitives ; l'ouvrage remporta un succès dû surtout à la précocité de l'auteur mais il ne manquait pas de grâce. Voltaire lui adressa une petite pièce de vers où il lui promettait sa succession littéraire : « Il faut bien que l'on me succède Et j'aime en vous mon héritier. » Cette même année, il ajoutait Neufchâteau à son nom, et plus tard, fut autorisé à le conserver par un arrêt du Parlement de Nancy, de 1777. Avec assurance le jeune poète continua sa carrière, publia bientôt Poésies de deux amis, en collaboration avec de Mailly ; cet ouvrage déçut ses admirateurs, mais il persévéra et, en 1770, composa une ode qu'il récita à une distribution de prix, ce qui lui valut une chaire de rhétorique accordée par l'évêque de Toul. Bientôt soupçonné de déisme et d' encyclopédisme, il fut remercié. Il vint à Paris faire son droit tout en cultivant la poésie. Il fut reçu docteur en droit à Reims et publia des mémoires judiciaires. Aimant déclamer des poèmes, il sollicita les conseils du plus célèbre acteur du Théâtre français, Pierre-François Du Bus, dit Préville, dont il rencontra la fille, Marie-Madeleine, âgée de dix-sept ans, qu'il épousa le 9 janv. 1776. Cette union fut de courte durée, la jeune femme mourut trois mois après. On a raconté qu'après son mariage avec la fille d'un acteur, il avait été rayé du tableau de l'ordre des avocats du Parlement tant étaient encore tenaces les préjugés contre les gens de théâtre. C'est une erreur car il n'avait jamais été inscrit au barreau; il avait vite renoncé à devenir avocat et avait acheté fort cher la charge de lieutenant général civil et criminel du bailliage de Mirecourt. Ces fonctions ne l'empêchaient pas de collaborer à l'Almanach des muses, de chanter en vers pompeux les louanges de Marie-Antoinette et d'entreprendre la traduction du Roland furieux. En 1781 il devint en plus subdélégué de l'intendance de Lorraine. Il se remaria avec Mlle Pommier avec qui il vivra très peu de temps. En 1783, il acheta la charge de procureur général près du Conseil supérieur du Cap français (île de S.-Domingue) et il quitta la France. Il eut un voyage plein de péripéties: sa voiture se brisa près de Châtellerault ; à Angoulême il s'empoisonna avec des champignons; pendant la traversée, son bateau fut la proie d'un incendie, heureusement maîtrisé. Il resta à S.-Domingue trois ans, de 1783 à fin 1786. Il y fut d'abord très malade; remis, il exerça ses fonctions avec zèle et intelligence et fit d'utiles réformes. Il publia un mémoire sur les moyens de rendre la colonie de S.-Domingue florissante qui aurait été plus d'une fois consulté par Bonaparte. Mis en congé sur sa demande en 1786, rentrant en France avec son précieux manuscrit de la traduction de quarante mille vers du Roland furieux, sa frégate s'échoua le deuxième jour sur les récifs de Mogane, il perdit tous ses biens y compris son manuscrit sur lequel il fondait de grandes espérances. Un navire qui passait par hasard dans les parages le reconduisit à S.-Domingue qu'il quitta de nouveau au printemps de 1787. Rentré en France avec une pension qui ne lui fut complètement payée que pendant une année malgré ses réclamations, il se retira à Vicherey (Vosges). Il s'y adonna à l'agriculture qu'il pratiquait avec compétence, et à la poésie. Ce fut la partie la plus calme de sa vie. Lorsque la Révolution éclata il rédigea les cahiers du bailliage de Toul et fut élu député suppléant aux États généraux, juge de paix du canton de Vicherey, enfin administrateur du dép. des Vosges (12 juin 1790). Le 3 sept. 1791, il fut élu au 3e tour à l'Assemblée législative par le dép. des Vosges. Le 3 oct. 1791, il était élu secrétaire de l'assemblée, puis membre du comité de législation. Le 29 nov. suivant il provoqua l'adoption de mesures de rigueur contre les prêtres insermentés qui créaient des troubles dans l'Ouest. Le 26 déc., après un discours où il dénonçait le danger que pouvait présenter pour l'intérêt public la solide organisation des prêtres catholiques, il fut élu président de l'Assemblée législative (fonction qu'il conserva jusqu'au 6 janv. 1792 puis d'août au 3 sept. suivant). Il fit quelques apparitions à la tribune. Lorsque la Convention succéda à la Législative, il fut encore élu par les Vosges, le 5 sept. 1792. Pour des raisons de santé, il refusa ce siège et même le poste de ministre de la justice qu'on lui offrit et parut vouloir rester à l'écart de la politique. Sans doute sentait-il approcher des jours troublés et préférait-il le calme de sa justice de paix. Mais ce fut la poésie qui faillit le mener à l'échafaud. Après avoir mis la dernière main à une pièce de théâtre empruntée au roman de Richardson, Paméla ou la Vertu récompensée, il la fit représenter le 1er août 1793 au Théâtre de la Nation où elle fut un succès mais deux vers bien inoffensifs parurent suspects : « Ah ! Les persécuteurs sont les seuls condamnables, Et les plus tolérants sont les seuls raisonnables. » A la neuvième représentation la pièce fut interdite. François fit les corrections demandés par le Comité de Salut public, le théâtre n’en fut pas moins fermé et François incarcéré le 3 sept. 1793 ; il le resta jusqu'au 9 Thermidor. Il occupa ses loisirs forcés à rimer hymnes républicains, poèmes anacréontiques, une prière pour la fête de l' Être suprême, des fables. Sorti de prison, i1 devint membre du Tribunal de Cassation puis commissaire du Directoire l'administration centrale des Vosges. Il publia quelques brochures sur l'agriculture, son poème : Les Vosges (1795), œuvre d'un mérite littéraire discutable. Il fut nommé correspondant de l'Institut le 25 pluviôse an V et titulaire de la classe des lettres devant l’Académie française en 1803. L’année suivante. Il fut appelé au ministère l'Intérieur le, 28 messidor an V (6 juillet 1797) et y resta jusqu’au 10 sept. de la même année, quelques jours après avoir été élu membre du Directoire exécutif avec Merlin de Douai, en remplacement de Barthélemy et de Carnot proscrits par le coup d'État du 8 fructidor. Il resta au Directoire jusqu'au 20 floréal an VI et y eut un rôle assez effacé. Le 1er prairial an VI (mai 1798) le tirage au sort le désigna comme membre sortant du Directoire et, en compensation, il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire à Vienne (affaire Bernadotte). Il fut une seconde fois ministre de 1'Intérieur du 29 prairial an VI (17 juin 1798) au 4 messidor an VII (22 juin 1799) et se signala comme un véritable administrateur, très laborieux, très actif sur des sujets divers, particulièrement l'art et l'agriculture. Il contribua à la fondation d'archives ; de bibliothèques dans les départements, institua des concours dans les lycées et les collèges, cherchant à protéger les manufactures et organisa la première exposition des produits de l'industrie française , (an VI), cent-dix exposants étant groupés au Champ-de-Mars. Le Recueil des lettres, circulaires, instructions, programmes, discours et autres actes publiques émanés du citoyen François de Neufchâteau pendant ses deux exercices au ministère de l'Intérieur, an V ( 1799), 2 vol., donne une idée de son activité. Il organisa les galeries du Louvre et, habile à ordonner des fêtes, entoura d'une grande solennité la réception des objets d'art et des tableaux envoyés d' Italie par Bonaparte. Il ne joua aucun rôle dans le coup d'état du 18 brumaire et attendit que Bonaparte eût triomphé pour se rallier à lui sans réserve. En récompense il ne tarda pas à être nommé membre du Sénat, en devint le secrétaire le 4 germinal an IX, puis le président annuel dès l'établissement de l'Empire ( 18 mai 1804). Il fut aussi appelé aux fonctions de Grand trésorier de la Légion d'honneur dont il était grand officier. Comme président du Sénat, il harangua Napoléon lors de son couronnement, puis en 1806 à l'occasion de la victoire d'Austerlitz, enfin à Berlin pour complimenter l'empereur sur ses victoires et rapporter les trophées pris à l'ennemi. Il ne se passait pas une cérémonie sans un discours de cet orateur prolixe et infatigable. En 1806, il échangea la sénatorerie de Dijon contre celle de Bruxelles dont il croyait les revenus plus élevés, ce qui, à son grand dépit, se révéla faux. Enfin, dernier honneur, le 26 avr. 1808, il fut créé comte d'Empire. Il accueillit bien la Restauration, oubliant ce qu'il avait reçu de l'Empire, mais il n'eut pas le titre de pair de France qu'il espérait. Sans doute les Bourbons n'avaient-ils pas perdu le souvenir de ses virulentes attaques contre le clergé. A Vicherey, il s'occupa de culture de pommes de terre, de carottes, de panais et ne dédaigna pas de s'intéresser à des recettes culinaires; il s'occupa aussi de réunions de cultivateurs et fut un des promoteurs des comices agricoles. Jusqu'à sa mort il fut président de la Soc. d'agriculture. A Paris où il changea plusieurs fois d'appartement, les dernières années de sa vie il se rendait, entre deux crises de goutte, à l'Académie où il avait été compris dans la réorganisation de 1816, pour y lire des vers; il publia de nouveaux recueils de poésie. C'était un homme aimable, mais volage en amitié comme en amour. Parmi ses œuvres, souvent très courtes, outre celles déjà mentionnées, citons : Hist. de l'occupation de la Bavière par les Autrichiens en 1778 et 1779, an XIV; L'art de multiplier les grains, 1800 ; de nombreux articles publiés dans les Mémoires de la Soc. Royale et centrale d'agriculture; Fables et contes en vers suivis des poèmes de la Lupiade et de la Vulpéide, 1815, 2 vol. (ce sont ses fables de 1793 moins les pièces où Louis XVI et Marie-Antoinette figuraient sous le nom ou les figures de Dom Porc et Dame Panthère) ; Les tropes, en 4 chants, 1817 ; Nouveaux contes moraux en vers, 1781 ; Les trois nuits d'un goutteux, poème en trois chants, 1819 ; Conseils d'un père à son fils, imités des vers que Muret a écrits en latin pour l'usage de son neveu, 1801 ; Mémoire sur la manière d'étudier et d'enseigner l' agriculture et sur les diverses propositions qui ont été faites pour établir en France une grande école d' économie rurale, 1827 ; il a édité les Pensées et les Provinciales de Pascal et a publié des Notes hist. et littéraires sur le Gil Blas de Le Sage ( 1820 et 1825). La liste de ses œuvres est dans Cioranescu, Bibliogr. de la littérature franç. au XVIIIe s., et dans la Bibliogr. lorraine. Il avait été marié quatre fois. Sa seconde femme, Marie-Françoise Pommier, épousée le 24 déc. 1782, eut une fin tragique. De dix ans son aînée, d'un caractère difficile, elle avait de l'aisance, ce qui l'attira sans doute. Il la quitta après six mois de vie commune, pour aller à S.-Domingue. « Très près de ses sous » , comme on disait au village, sa femme, par la suite, pour sauvegarder son bien, demanda la séparation de biens puis le divorce, mais le 19 thermidor an XII elle fut assassinée chez elle, son argent et ses bijoux disparurent. Un procès tendancieux entraîna l'exécution d'accusés dont la culpabilité était très incertaine. Peu après, François épousa Marie Déard et trouva le bonheur auprès d'elle; à son tour elle mourut le 11 sept. 1812 et fut remplacée le 11 sept. 1814 par Jeanne-Julienne Martzen, qui mourut le 10 nov. 1818.
R. et C. -- Jal. -- Michaud. -- J. Lhomer, Un homme politique lorrain, Fr. de N., 1913, portrait. -- C. Simian, Fr. de N. et les expositions, 1889. -- L Louis, Le dép. des Vosges, IV, 1889, p. 414-16. -- L. Sadoul, L'assassinat de la présidente, 1928. -- Bibliogr. lorraine (éd. Académie de Metz, IV, 1975, p. 70-75. M. PARCOT. |
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