Voir aussi : altérations photographiques














ABSTRACTIONS POLYSEMIQUES

Antòn Pasterius est un nom de plume, à mon avis, le nom de plume d’un médecin – psychiatre, auteur d’essais sur la folie et sur les moyens de la guérir, si c’est possible.

Est-ce que la peur d’être poursuivi par ses patients à cause de ses romans érotiques , de ses vers riches en calembours et en jeux de mots, a obligé notre psy à ce cacher pour écrire à son envie, et peindre suivant ses idées, ses cauchemars aussi, qu’il a dû tenir à l’abri dans son for intérieur ?

On a tant de signes qui nous le disent et qui nous font soupçonner un homme qui se cache derrière lui, Nino Lo Cascio, son agent général et son gestionnaire, traducteur en italien, auteur de la préface de Delitti diletti (Délits Deslits).

Mais laissons tomber maintenant cette recherche : elle, en effet, n’a pas d’importance.

La passion d’Antòn pour l’écriture et pour l’art, se déclare dans les œuvres qu’il expose maintenant à la Galerie Satellite de Paris, des tableaux donc, à la fois des écritures et des peintures, mais surtout des surfaces où trois couleurs s’étalent : le noir, le rouge, l’or.

Parfois, chez notre soupçonné psy, fidèle au dicton latin « ut pictura poésis » les vers sont le commentaire à la peinture, au geste iconique, au dessin abstrait et vice-versa.

De la poésie visuelle ? Peut-être, parfois.

Artiste raffiné, Antòn Pasterius cherche des écritures anciennes et étrangères qu’il voit dans leurs textures, plutôt que dans leurs sens verbaux et qu’il reproduit comme de beaux paysages ou des structures solides, des architectures.

Parfois ses œuvres sont de l’art abstrait qui utilise le collage sur des surfaces à la fois lisses et abruptes pour poser des questions à ceux qui regardent, pour créer un débat et donner des réponses (peut-être), des surfaces noires interrompues par un carreau luisant de rayures rouges, un soleil doré qui reste comme figé dans un ciel noir, froid et obsédant . Son amour pour Burri, l’a conduit à trancher ses surfaces par des carrés en relief, mais sans oser couper des toiles de sac comme le fait son artiste préféré.

Antòn se souvient-il des milliers de cerveaux qu’il a sondé pendant sa carrière ? Il cherche de les reproduire, surtout de reproduire leurs fantasmes (et les siens, et les nôtres) en les fixant, ultime essai pour les comprendre, pour les expliquer, sur une toile qui, à partir de la tabula rasa, devient un réseau parlant.

La langue japonaise est un système de signes : il suffit de regarder une phrase en japonais pour imaginer, même si on ne connaît pas cette langue, des histoires, des sens qui, à partir des signifiants, nous racontent ce que nous voudrions. En plus, chaque phrase japonaise crée une image qui a son poids, ses contours, qui nous parle, même si nous ne connaissons pas ce qu’elle nous dit. C’est le maximum de l’imagination : cette langue nous laisse libres de tout lire et de tout dire à notre manière, de tout penser, et c’est pourquoi notre artiste se sert de cette texture de signes pour nous faire rêver n’importe quoi. Néanmoins, Antòn nous révèle la traduction des écritures japonaises mises dans ses œuvres.

Il s’agit d’un vers d’un haiku, un seul vers qu’Antòn a choisit pour nous dire toute entière l’idée qu’il a de son art : « … mais cela est un rêve… »

Comme tout le monde, Antòn aussi habite son enfer mais, comme nous le dit Artaud, dont il est lecteur passionné, il essaye de s’évader, par son rêve, de tous les avatars de la vie.


Paolo Guzzi