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| Catherine Vernier Exclusions |
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Comme à l’aube…
Catherine Vernier utilise la piqûre à la machine sur la toile comme on utiliserait un crayon très intime, qui d’une voix timide dit sa détermination à tracer là la marque d’une émotion qui revient de très loin, elle dessine ainsi sur le blanc perdu de la toile, des traits discontinus qui donnent à la ligne cet aspect incertain et léger, mais précis et ineffaçable, car profondément inscrit…quelques fois encore, elle colore selon la même technique de désordonnés gribouillages qui viennent remplir avec une trop douce rage le corps trop vide de ses bonhommes, de ses têtes ou de ses animaux. Je retrouve apparemment ici la fraîcheur et l’extrême simplicité de l’enfance: tampons en frises, taches vivement colorées, broderies à la main, exécutées dans une belle délicatesse et dans une touchante économie de moyens; mais il sourd également de ce travail la gravité de toute impuissance devant la brutalité du monde qui surgit là comme autant de minuscules cataclysmes dans le bel et doux ordonnancement du travail. Telles ces trois dernières toiles intitulées « autoportrait » qui prennent l’envers de la piqûre pour créer cet effilochement poignant d’un fil qui se transforme en une matière colorée, en petits tas de nœuds et d’emmêlements; car pour y résister, pour articuler cet effarement, le mince et frêle filet de la piqûre s’entend ici comme le fil d’une voix ténue et têtue. Et si cette apparente maladresse dit l’étonnement des premières découvertes, des toutes premières fois, elle dit aussi le saisissement de l’âme par l’horreur, devant l’inattendu et l’étrangeté d’un monde trop brusque, trop bruyant, trop immense…car à la source, à l’origine de la beauté, il y aura toujours cette contraction, cette souffrance, ce cri muet, cette violence, cette petite catastrophe de la vie, pour que se déploie comme à l’aube, la possibilité d’un murmure, d’un petit monde inventé en quelques traits pour s’ouvrir au vertige de l’illimité. Ainsi la toile à peine couverte ça et là de ces quelques fils, se donne à moi comme support d’une rêverie d’enfance, non de l’enfance réelle, mais de celle que chacun de nous porte en lui-même et dont il se souvient de la secrète et précieuse fragilité, dans le souvenir de cet infime qui ne tient qu’à un fil, qu’on ne sait s’il paraît ou disparaît, dans le frais de ce qui en nous s’origine à chaque instant où nous nous sentons vaciller…
Evelyne Artaud, octobre 2007 |
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